L’anxiété est le mal de notre temps plus que de tout autre nous ayant précédés. Tout contribue à nous pétrir de peurs et d’inquiétudes. Il ne manque certainement pas de causes pour nourrir l’anxiété. Néanmoins, il nous faut toutes les transcender pour nous libérer de ce fardeau qui pèse sur nos états d’âme.

L’humanité se situe à un carrefour de son histoire. L’humanité pourrait se détruire elle-même sous l’effet de la pollution, voire à la suite d’une guerre nucléaire. De plus, nos connaissances scientifiques nous portent à croire qu’elle pourrait disparaître même si elle prenait la bonne voie. Nous pourrions être absorbés par un trou noir. L’explosion d’une étoile près de chez nous pourrait détruire la vie sur Terre. Un astéroïde pourrait aussi la percuter. Un super volcan pourrait nous rayer de la carte. Vous en voulez d’autres?

Heureusement qu’il y a des psychotropes, légaux et illégaux, pour engourdir nos peurs. Sans quoi, on ne prendrait même plus la peine de sortir les vidanges une fois par semaine.

En plus d’avoir à envisager des scénarios apocalyptiques à longueur de journée, il nous faut aussi résister à une civilisation anxiogène.

Il est étonnant de constater à quel point le bruit est persistant en ville. À l’heure où tout le monde se repose, on ne devrait entendre que le chant des hiboux ou celui des chardonnerets. Mais non! Il faut entendre le vrombissement des moteurs en marche et le bourdonnement constant des fils électriques. Pas moyen de trouver la paix!

La nuit venue, en regardant le ciel, on n’y voit presque jamais d’étoiles. Vous me direz que l’on ne devrait pas vivre en ville et vous aurez sans doute raison. Néanmoins, nous valons moins que les chats, les pigeons et les vers de terre qui partagent avec nous le même environnement. Nous sommes responsables de cette civilisation et, comme tant d’autres, nous nous y trouvons coincés.

J’ai appris à résister à l’anxiété par mes propres moyens.

Je n’ai aucun mérite à cela puisque je ne suis pas nerveux de nature. Je fais partie d’une catégorie d’individus qui ne bronchent pas à tout coup. Une bombe pourrait exploser à mes côtés et il se pourrait que je me contente de dire bof. Je ne prétends pas être meilleur qu’un autre, mais je suis content d’avoir hérité d’une certaine nonchalance. Elle me permet de survivre dans des conditions qui ne sont pas toujours propices à la quiétude.

Je ne suis pas parfait, loin de là, et je dois moi aussi me protéger du stress.

Il serait trop facile de vous dire que je me fie à Bouddha, Épictète ou Sitting Bull pour contrôler mon anxiété. J’ai recours à la philosophie, sans doute, mais elle se situe par-delà les mots, dans une forme de spiritualité indicible dépouillée d’explications indigestes.

D’abord, je fais le vide en moi, aussi souvent que faire se peut. C’est plus facile qu’on ne le croie. C’est bien plus difficile de tout garder en soi, de pédaler dans une boue que d’autres ont choisi pour nous sans jamais nous avoir consultés.

Pour faire le vide, je regarde au-dedans comme au-dehors de moi-même.

Je me dis que je ne suis rien et cela me fait du bien que de le savoir. Je ne suis que de la poussière d’étoiles et peut-être même moins que ça.

Annihiler son ego au moins une fois par jour est salutaire contre l’anxiété.

Je soupçonne que beaucoup d’entre nous souffrent de leur vanité. Ils souffrent que l’univers leur rappelle à tout moment qu’ils ne sont pas indispensables comme ils le croient à tort. Du coup, ils alimentent des regrets, nourrissent le ressentiment et accroissent leur anxiété. Ils voudraient durer éternellement alors que même les cailloux finissent par devenir des grains de sable. Ils souffrent de leurs idées fausses.

Outre l’usage modéré et immodéré des psychotropes, l’être humain a inventé toutes sortes d’exercices et d’activités pour ne pas entendre ce silence intérieur qui lui permet de survivre au stress.

J’en connais qui ne sauraient pas vivre sans une agitation constante qu’ils tiennent pour une qualité.

J’en connais qui ne sauraient pas vivre sans une agitation constante qu’ils tiennent pour une qualité.

Ils ont besoin du bruit pour étouffer ce silence qu’ils ne supportent pas d’entendre en eux-mêmes.

Ils doivent rincer le moteur de leur automobile, monter le volume de la musique ou bien écouter des émissions où l’on hurle toutes sortes de trucs débiles.

J’ai ce bonheur de marcher beaucoup, de gratter une guitare et de ne jamais regarder la télé.

Je pratique un tant soit peu les arts et les lettres pour me retrouver.

Et, surtout, je contemple la vie pour y trouver une source inépuisable d’amour et d’émerveillement.

Cela ne signifie pas que je me résigne. Je ne refuse pas de participer aux inévitables combats sociaux et politiques provoqués par des humains mal intentionnés.

Par contre, j’ai cette chance de savoir faire le vide.

Si je ne le faisais pas, c’est certain que je me bourrerais de pilules…

Je vous ai dévoilé mon truc pour résister à cette civilisation anxiogène.

Je ne prétends pas vous guérir.

Je prétends plutôt à l’autoguérison.

Remarquez que je ne vous demande rien en retour.

C’est tout à fait gratuit.

Et si ça ne vaut rien, eh bien, ça ne vaut rien

 

 de huffingtonpost